Les épiciers indépendants au centre de la stratégie d’Ottawa sur l’alimentation
Le gouvernement fédéral a dévoilé la semaine dernière sa Stratégie nationale de Sécurité alimentaire. Elle place en son coeur les épiciers indépendants.
Le but de la stratégie : « bâtir un système qui nous offre des aliments plus abordables, qui nous amène à réduire notre dépendance à l’égard d’autres pays et qui nous rend moins vulnérables aux circonstances extérieures ». Ottawa compte sur le renforcement des liens entre les producteurs d’ici et les épiciers indépendants comme l’un des principaux leviers pour atteindre ses objectifs.
« Les agriculteurs ont besoin de plus d’endroits pour vendre leurs produits. Les petits épiciers indépendants ont besoin de plus de sources d’approvisionnement pour leurs magasins afin de pouvoir concurrencer les grands détaillants », constate d’entrée de jeu le document.
Le document souligne aussi l’emprise que détiennent les cinq géants du détail alimentaire sur les canaux de distribution canadiens, contribuant à l’inflation alimentaire, en dehors des pressions internationales causées par les guerres, les changements climatiques et le protectionnisme. Un oligopole sur la logistique que le gouvernement compte briser ou à tout le moins affaiblir.
1 milliard pour l’approvisionnement des petits joueurs
Pour concrétiser cet objectif, le gouvernement Carney propose la création du Fonds de liaison alimentaire qu’il financera à la hauteur d’un milliard de dollars au cours des dix prochaines années. Son rôle : créer des marchés de produits alimentaires à grande échelle pour que les producteurs et les détaillants alimentaires locaux puissent établir des liens commerciaux directs et contourner ainsi les intermédiaires.
En plus de développer de grands marchés basés sur le modèle déjà déployé en Ontario avec le Marché des produits alimentaires de l’Ontario (MPAO) là où c’est possible, le gouvernement souhaite créer une quarantaine de Carrefours alimentaires régionaux à travers le pays, priorisant les communautés éloignées et nordiques.
Le Fonds financera également des regroupements d’achats indépendants et coopératifs pour « favoriser la création, l’élargissement ou la modernisation des capacités de distribution partagées, notamment l’entreposage frigorifique, le transport par camion et la livraison directe aux consommateurs ».
L’initiative « rendra les aliments plus accessibles sur le marché, réduira les coûts de distribution et aidera les Canadiennes et les Canadiens à réaliser des économies sur leurs achats », s’est enthousiasmé Mark Carney lors du dévoilement de la stratégie.
Renforcer le bureau de la concurrence
De plus, le gouvernement prévoit renforcer la position du bureau de la concurrence en lui octroyant 12,9 millions supplémentaires pour l’aider à porter plus de dossiers et renforcer l’application de sa loi cadre.
Rappelons que la loi a été amendée récemment pour empêcher les contrôles de propriété. Ces clauses dans les baux commerciaux permettaient aux grands joueurs de la distribution alimentaire de limiter les possibilités d’exploitation des plus petits joueurs en concurrence avec eux. Par contre, les nouvelles dispositions sont pour l’instant difficiles à mettre en vigueur et la réalité des contrôles de propriété reste bien réelle pour certains exploitants.
En plus des mesures qui touchent directement les détaillants, la Stratégie nationale vise à renforcer les maillons locaux existants et à en ajouter de nouveaux à la chaîne logistique bioalimentaire du pays.
Concrètement, un soutien accru sera apporté aux producteurs et aux transformateurs alimentaires, notamment en favorisant la consommation au pays d’aliments qui, pour l’instant, sont presque entièrement destinés aux marchés internationaux.
Mais reste que la majorité des mesures proposées s’adressent directement aux épiciers indépendants. « On a besoin de vous », a scandé le premier ministre en conférence de presse.