Pénurie de camionneurs, un défi de taille pour les détaillants indépendants
La pénurie de main-d’œuvre généralisée qui affecte l’industrie canadienne depuis la reprise post-pandémique pourrait être bel et bien derrière nous alors que le taux de chômage atteignait 7,1 % en août 2025 et qu’il se maintient en haut de 6 % depuis plus de 18 mois.
Par contre, la pénurie reste bien réelle dans le secteur névralgique du camionnage où environ 25 000 postes seraient à pourvoir, d’après le Conference Board du Canada. Un trou qui pourrait continuer à se creuser dans les prochaines années et même atteindre 55 000 postes vacants en 2035. Les raisons principales : départs à la retraite des travailleurs vieillissants du secteur, restrictions sur l’immigration et peu d’intérêt des nouvelles générations pour ce métier, selon une étude réalisée par la firme comptable PWC.
Dans un climat où les entreprises doivent de plus en plus jouer du coude pour dénicher des camionneurs, les détaillants alimentaires indépendants sont parmi ceux qui rencontrent le plus de difficultés pour recruter et retenir des conducteurs pour opérer leurs flottes. Plusieurs d’entre eux n’emploient qu’un seul ou seulement deux ou trois camionneurs, ce qui les rend très vulnérables au roulement de ce personnel spécialisé.
De plus, ils n’ont souvent pas les moyens d’égaler les nombreuses offres que les camionneurs d’expérience reçoivent de plus en plus fréquemment alors que de nombreuses firmes de recrutement les sollicitent sur une base quotidienne pour le compte des grands transporteurs.
Et remplacer les départs peut s’avérer un défi de taille. « Avant, les camionneurs tendaient à être loyaux », confiait récemment Christy Mcmullen co-propriétaire des Sommerhill Market au Canadian Grocer. « Maintenant on les cherche partout : sur les réseaux sociaux, les sites d’emploi, peu importe qui se présente, on va le considérer », raconte celle qui emploie 7 camionneurs pour fournir ses 5 magasins de la région de Toronto.
Une situation qui avantage les gros joueurs
Cette difficulté à trouver des camionneurs rend la compétition avec les grandes chaînes encore plus ardue pour les indépendants. En effet, elles n’ont pas à composer avec les mêmes contraintes. Bien que les grands acteurs doivent eux aussi composer avec la pénurie de main-d’œuvre et ses conséquences, la taille de leur flotte atténue les effets du roulement de personnel. De plus, ces entreprises disposent d’une plus grande marge de manœuvre lorsqu’il s’agit d’augmenter la rémunération de leurs employés afin de répondre aux exigences du marché du travail. Sans compter qu’elles peuvent s’appuyer sur la technologie pour endiguer une partie du problème avec des investissements qui ne sont tout simplement pas à la portée des petites chaînes et des indépendants.
C’est ce qu’a fait Loblaw en investissant dans un programme de camions sans chauffeurs à travers un projet pilote qui est en cours en Ontario depuis 2020. Développé en partenariat avec la firme Gatik AI dont Loblaw est actionnaire, le géant de l’alimentation canadien opère pour l’instant 6 camions entièrement autonomes dans la région Toronto, un nombre qui devrait passer à 50 d’ici la fin de la prochaine année selon un communiqué dévoilé cette semaine.
Ce sont près de 300 magasins en Ontario qui pourraient ainsi être desservis par des camions entièrement automatisés. Pour l’instant, le programme n’est déployé que dans cette province puisque c’est l’endroit où la réglementation entourant les véhicules autonomes est la plus avancée et moderne au pays.