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Crédit photo: Sobeys

Perte Zéro : un projet pilote ambitieux contre le gaspillage alimentaire dans plusieurs IGA

12 mai 2026 | Par Sophie Bordes

Suite à l’annonce, durant le Sommet Climat Montréal, d’une collaboration entre La Transformerie, Sobeys et le Conseil canadien du commerce de détail, l’équipe de Détaillant Alimentaire s’est entretenue avec Patrick Lopez, responsable du plaidoyer et des communications stratégiques chez La Transformerie, afin d’en savoir davantage sur le projet Perte Zéro.

Déployé sur trois ans dans cinq magasins IGA répartis dans deux régions, dont Montréal, le programme Perte Zéro de La Transformerie, organisme à but non lucratif et entreprise d’économie sociale, co-initié par Guillaume Cantin et connu pour ses produits Rescapés, vise à faire émerger des solutions concrètes pour réduire le gaspillage alimentaire et les pertes en épicerie.

« Ça fait plusieurs années que Guillaume réfléchissait à accompagner les détaillants dans la prévention du gaspillage alimentaire. Comme certains IGA nous donnaient déjà leurs invendus, il s’est dit qu’on pourrait solliciter Sobeys pour mettre en place notre programme Perte Zéro », explique Patrick Lopez.

Revaloriser, c’est bien, prévenir, c’est mieux

La prévention du gaspillage alimentaire est précisément ce que vise Perte Zéro. Et si l’organisme a choisi d’annoncer son projet pilote au Sommet Climat Montréal, c’était pour établir un lien direct entre alimentation et transition écologique — une première en cinq ans d’existence pour ce sommet.

« C’est super de faire de la revalorisation des invendus, mais réussir à mettre en place Perte Zéro dans une grande bannière comme IGA démontre le potentiel multiplicateur du programme, parce que moins de gaspillage alimentaire, c’est aussi moins d’émissions de CO₂, et ça, c’est quantifiable », remarque Patrick Lopez.

Le service-conseil spécialisé de Perte Zéro propose un accompagnement en plusieurs étapes : diagnostic, analyse des causes du gaspillage, ateliers de co-création des innovations (solutions), élaboration d’un plan d’action sur mesure et soutien à la mise en place des actions. Dans un premier temps, l’objectif est de prévenir le gaspillage et ensuite, de maximiser l’utilisation des aliments, en plus de réduire les pertes financières et d’améliorer la rentabilité des commerces.

« On commence toujours par un diagnostic et une analyse des pratiques pour comprendre à quel moment de la chaîne logistique le gaspillage se produit, quelles en sont les causes, où ça bloque et où se trouvent les nœuds », précise Patrick Lopez.

Concrètement, les membres de l’équipe Perte Zéro travaillent en étroite collaboration avec l’ensemble des employés des épiceries, de l’entrepôt jusqu’au plancher de vente. « On fait vraiment un tour à 360 degrés : on parle transport, logistique, gestion des stocks, formation du personnel, esthétique des rayons, marketing alimentaire, etc. »

Lors des ateliers visant à comprendre les causes, intervient ce que Patrick Lopez appelle « la conscientisation », lorsque tout le monde réalise qu’au-delà des pertes visibles en magasin, « c’est un ensemble de petites choses qui, additionnées les unes aux autres, génèrent des grosses pertes ».

« Le gaspillage alimentaire, ce n’est pas seulement un aliment commandé en trop grande quantité qui finit à la poubelle. Ce serait trop simpliste de le voir comme ça », soutient-il.

À cette prise de conscience s’ajoute une phase d’acceptation. Patrick Lopez reconnaît qu’aucune épicerie n’aime avoir des pertes, surtout dans un contexte où elle doit déjà composer avec des enjeux comme le roulement de personnel ou la formation des équipes.

« Ce n’est pas tant qu’il faut tomber amoureux de sa solution, mais plutôt du problème. Il faut reconnaître la problématique et mettre son ego de côté pour travailler sur des solutions concrètes. Il faut du courage. »

De la transformation des aliments à la transformation des organisations

Une fois les problèmes identifiés, il devient plus facile de comprendre que des milliers de dollars gaspillés pourraient être investis ailleurs. Des enseignes comme Liquidation Marie ont d’ailleurs bâti leur modèle d’affaires sur ces invendus et contribuent à détourner des poubelles une certaine quantité de denrées périssables.

Malgré toutes les initiatives visant à rediriger les invendus des supermarchés, Guillaume Cantin rappelle souvent que le meilleur déchet est celui qu’on ne produit pas. C’est précisément la philosophie derrière Perte Zéro.

L’objectif n’est toutefois pas d’arriver avec des recettes toutes faites ou un modèle clé en main. La stratégie consiste plutôt à développer des solutions mesurables, adaptées à chaque épicerie et surtout réalistes à moyen et long terme. « Après avoir dressé un portrait quantitatif, on passe au qualitatif : comment faire évoluer les pratiques et les façons de faire ? », souligne Patrick Lopez.

Perte Zéro adopte ainsi une posture de transformation organisationnelle en cocréant avec les équipes sur place afin de faire émerger des solutions innovantes. « Nous, on est là pour soutenir l’implantation de ces nouvelles pratiques pour qu’elles deviennent des modèles structurants, réplicables dans d’autres épiceries à l’échelle du secteur. C’est aussi pour cette raison que le Conseil canadien du commerce de détail est partenaire du projet », mentionne Patrick Lopez.

« Nous, on rêve peut-être en couleur, mais on rêve grand. On veut avoir un impact sur les systèmes et les secteurs en général, comme ceux de l’hôtellerie, de la restauration, de la santé et le milieu scolaire », avance Patrick Lopez.

Une chose est certaine : aujourd’hui, La Transformerie fait plus que rescaper des fruits et légumes invendus. L’entreprise aide désormais les organisations à transformer le gaspillage en opportunités économiques et environnementales.

« On a commencé par transformer les aliments et maintenant, on veut transformer les entreprises. Comme communicateur, l’idée de pouvoir décliner la transformation sous différents angles me parle énormément », admet Patrick Lopez.

« Jeter des aliments à la poubelle n’est pas une fatalité. On peut changer les choses, on peut agir. Il faut simplement asseoir ensemble toutes les parties prenantes, arrêter de travailler en silo et décider collectivement de ce qu’on veut mettre en place. Le changement est long à instaurer, mais on veut faire des projets Perte Zéro de véritables laboratoires d’innovation et des cas probants capables d’inspirer tout un secteur », affirme-t-il.