Désaccords entre agriculteurs et épiciers indépendants : les profits contre les coûts
Les réflexions sur l’amélioration du système alimentaire canadien et la question de l’accessibilité économique des produits alimentaires par les Canadiens se retrouvent régulièrement au-devant de la scène depuis quelques années. Entre syndicats agricoles et épiciers, le débat est souvent binaire.
Il y a nécessairement des divergences de point de vue selon où l’on se trouve dans la chaîne d’approvisionnement : les agriculteurs et les épiciers. Les premiers accusent les autres de maximiser leurs profits aux dépens du consommateur et les seconds invoquent des coûts leur incombant toujours plus importants, en particulier les coûts de transport en zone rurale.
Dernièrement, la Fédération canadienne des épiciers indépendants, représentée par Gary Sands et qui regroupe des commerces indépendants de petite taille et non les grandes chaînes dominantes, s’est dit en désaccord avec le principal groupe de pression agricole au pays sur l’idée de plafonner les profits des grandes chaînes d’épicerie. Même désaccord avec l’Union des fermiers qui veut faire pression sur le gouvernement fédéral et mettre en place des marchés publics de l’alimentation : il s’agirait d’acheter annuellement des aliments directement auprès des agriculteurs afin de vendre au prix coûtant dans ces magasins.
Les coûts de transport en question
Pour la Fédération, cette idée passe à côté du problème plus vaste du système alimentaire canadien. « Au lieu de proposer des résolutions simplistes et de chercher un bouc émissaire, le syndicat agricole et nous tous devrions discuter avec l’industrie et les gouvernements des moyens de réduire certains coûts de transport et de distribution au pays, particulièrement pour les régions rurales », a-t-il réagi.
« Il n’y a pas une seule raison à la hausse des prix alimentaires », a ajouté Gary Sands, en affirmant que le système alimentaire canadien est complexe et interconnecté.
Le plafonnement des profits et l’option publique pour les épiceries figuraient notamment parmi les neuf résolutions adoptées la semaine dernière lors du congrès annuel du syndicat des agriculteurs, qui s’est tenu à Moncton, au Nouveau-Brunswick.
Dans un communiqué transmis par courriel en réponse aux résolutions, Agriculture et Agroalimentaire Canada indiquent que les récentes données sur l’inflation montrent la « plus forte baisse mensuelle des prix des aliments depuis septembre 2020 ».
Renforcer la concurrence
Le communiqué précise ainsi qu’Ottawa a apporté des modifications à la Loi sur la concurrence en 2023 afin de renforcer le processus d’examen des fusions et d’accroître la capacité du gouvernement à lutter contre les comportements anticoncurrentiels des grandes chaînes d’épicerie.
« Renforcer la concurrence est essentiel pour garantir aux Canadiens l’accès à une alimentation abordable », peut-on lire dans le communiqué.
Ces enjeux reviennent alors que le Code de conduite des épiciers doit entrer en vigueur d’ici le 1er janvier. Les grandes chaînes d’épicerie ont plus ou moins toutes « l’intention d’adhérer » au Code et depuis juillet dernier, fournisseurs et détaillants peuvent s’y inscrire de manière volontaire. Jusqu’à présent, celui-ci compte près de 100 entreprises, selon l’annuaire disponible sur le site du Bureau du Code de conduite pour le secteur des produits d’épicerie.
Dernièrement, Metro et Loblaw assurent qu’ils vont y adhérer après certains détails à régler. Les deux entreprises souhaitent que l’élaboration des règles de gouvernance pour les membres soit complétée avant d’ajouter leur nom à la liste des membres.
Le Code semble partir d’une bonne intention. Il ne devrait toutefois pas avoir d’impact sur les prix en épicerie puisqu’il n’a pas d’influence sur la négociation des coûts entre détaillants et fournisseurs. L’objectif est plutôt « d’établir un cadre de transparence et d’équité dans la relation entre les fournisseurs et les détaillants ».