Le consommateur est-il prêt pour recommencer à se gâter à l’épicerie ?
La clientèle canadienne a été particulièrement encline à restreindre au maximum ses dépenses alimentaires depuis les dernières années, mais certains signes commencent à suggérer qu’une partie de la population est mûre pour adopter une attitude moins austère dans les rayons des supermarchés.
C’est ce que suggèrent les récents résultats de l’indice de frugalité publié mensuellement par Deloitte. Selon celui-ci, la pression ressentie par les Canadiens pour restreindre leurs dépenses alimentaires n’aurait pas été aussi basse depuis décembre 2022.
Par contre, les gens du pays restent beaucoup moins enclins à se laisser aller avec leurs dépenses d’épicerie que la moyenne globale ou même que leurs comparses du sud de la frontière.
En fait, depuis la création de l’indice en 2022, les Canadiens se maintiennent parmi les consommateurs les plus réticents à dépenser sans compter pour s’alimenter.
Pourtant, ils sont dans la moyenne lorsque l’on regarde la part du revenu consacré par les ménages à leur épicerie (14 %). Fait particulier, celle-ci est légèrement plus élevée chez les 55 ans et plus (16 %) et moins élevée chez les 18-34 ans (12 %).
Cette part du revenu est également plus importante (15 %) chez les personnes avec un revenu élevé comparé aux personnes de la classe moyenne (12 %), et ce, même si ces pourcentages sont calculés en rapport à ce même revenu. Autrement dit, les gens les plus aisés du pays dépensent dans l’absolu beaucoup plus chez les détaillants alimentaires que ceux de la classe moyenne.
Transformer son alimentation pour sauver son portefeuille
Selon les analystes de Deloitte, lorsque l’indice de frugalité augmente dans un pays, les consommateurs commencent par mieux planifier leurs épiceries. Ils cherchent ainsi à éviter d’acheter en trop et à réduire le gaspillage dans leurs frigos et garde-manger.
Cette vigilance face au gaspillage alimentaire peut ultimement avoir une incidence notable sur les revenus des épiciers, surtout s’ils ne tiennent pas compte des changements de comportement qui l’accompagnent. D’abord, les consommateurs sont moins influencés par la présentation des produits et la publicité en magasin lorsqu’ils font attention à leurs dépenses. Ensuite, soucieux de ne pas gaspiller et d’économiser, ils réduisent leurs achats de produits frais pour les remplacer par des versions congelées ou des conserves.
Plusieurs consommateurs déclarent aussi diminuer leur consommation de viande lorsque les temps sont plus difficiles. En contrepartie, ils tendent à consommer plus d’aliments bon marché, mais tout de même très nourrissants, tels que du riz et des lentilles.
Lorsque les temps sont durs, de nombreux consommateurs tentent d’économiser en remplaçant les marques nationales par les marques maison généralement plus accessibles.
Par contre, l’inverse n’est pas vrai.
Dans les prochains mois, les épiciers canadiens devraient faire très attention avant de miser sur les marques nationales. En effet, même une fois que leur situation financière s’améliore, les gens sont prêts à dépenser plus et n’ont pas tendance à retourner vers les marques nationales.
Dans les dernières années, ce phénomène a d’ailleurs mené à une impressionnante progression des marques maison et au succès des épiceries à rabais. À chaque crise, celles-ci s’accaparent de nouvelles parts de marché, et réussissent à les conserver, ne faisant que plafonner leur progression jusqu’à la prochaine crise.