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Crédit photo: Les Beurrés
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Les Beurrés, le pari du beurre aromatisé

21 avril 2026 | Par Sophie Bordes

Seulement dix mois après leur lancement, Les Beurrés, une entreprise québécoise qui offre des beurres aromatisés en quatre saveurs, occupent déjà une place sur les tablettes de plus de 150 points de vente au Québec. Même les deux fondateurs, Stéphanie Bélanger et Lounes Laoudi, podiatres de profession et partenaires dans la vie, étaient loin d’imaginer le succès de cette idée lancée presque sur un coup de tête.

« Le père de Stéphanie est fan du beurre. Il nous texte souvent les spéciaux. C’est devenu un running gag. Un jour, en revenant de manger une crème glacée chez Caramel FAA, leur concept nous a interpellés : proposer 40 variantes d’accompagnements à partir d’un seul ingrédient, le caramel. On a trouvé ça créatif, brillant et simple à la fois, et on s’est dit qu’on pourrait aromatiser quelque chose nous aussi… comme du beurre », raconte Lounes Laoudi, vice-président et cofondateur.

Le beurre comme matière première

Les deux professionnels sont très établis dans leur domaine et chacun gère sa propre clinique depuis près de 10 ans, l’une située à Québec et l’autre à Montréal.

« On reste des podiatres dans l’âme, mais on avait besoin d’un nouveau défi. On avait le goût de faire de quoi dans l’alimentaire et de sortir de notre secteur médical où tout est très réglementé et carré. Nous, on est des foodies, on aime ça voyager avec notre fourchette. Par contre, on voulait un produit simple. On n’allait pas réinventer la roue », explique l’entrepreneur.

Si l’idée d’un beurre aromatisé les amuse sur le moment, elle finit par faire son chemin et le couple commence à la « challenger » sur le marché au Québec. Constat : à part le beurre à l’ail qui se distingue des classiques, il n’y a pas grand-chose. Stéphanie Bélanger et Lounes Laoudi se disent alors que, soit personne n’y a pensé, soit c’est trop compliqué et que personne ne veut le faire.

En revanche, ils trouvent All Things Butter en Angleterre et Churn en Californie, deux entreprises qui semblent fonctionner. Conclusion : si ça marche là-bas, pourquoi pas ici ? À partir de ce moment-là, la machine se met en marche.

Les quatre recettes de lancement – Citron confit et fines herbes, Ail noir et vinaigre balsamique, Truffe forestière, Bacon, whisky et érable – sont nées dans la cuisine du couple. « On a eu beau essayer d’autres mélanges comme chimichurri ou coco lime chili, nos premières intuitions côté saveurs étaient les bonnes et c’étaient celles que les gens préféraient », remarque Lounes Laoudi. Elles ont été ensuite adaptées pour être produites en plus grande quantité en usine selon le cahier des charges.

« On a fait nos recettes sans se dire combien ça allait coûter. On les a faites vraiment par amour du goût, sans penser à la rentabilité. On se lançait dans l’aventure avec beaucoup de naïveté », sourit le fondateur. C’est grâce à l’organisme Mycélium que sa conjointe et lui apprennent les rouages de l’industrie avant de lancer leur produit en juillet 2025, après un an de recherche et développement.

« Ils nous ont vraiment éduqués sur les normes industrielles et toute la partie usine laitière, les normes canadiennes, les quotas, la distribution, le courtage, les magasins, les bannières... On a trouvé des solutions au fur et à mesure en s’associant avec les bons partenaires », souligne le chef d’entreprise.

Québectablegourmande - Valérie Hunter

Un produit fini prêt à l’emploi

Les Beurrés, ce sont des beurres de finition. C’est la touche qu’on ajoute à la fin sur une pièce de viande, dans des pâtes, sur une brochette de légumes ou dans un risotto pour en rehausser toute la saveur. « On facilite la préparation des repas, tout simplement. C’est un raccourci, si on n’a pas le temps de mariner sa protéine », avance Lounes Laoudi.

Pratique à utiliser, une capsule à la fois, et sans additif, le produit se conserve jusqu’à 8 mois au réfrigérateur. « Le sirop d’érable vient d’une ferme de la famille de Stéphanie, l’ail noir vient d’un producteur de la Beauce, le whisky est canadien, les herbes sont achetées chez Service alimentaire Gordon, mais le citron vient du Maroc, pas le choix », ajoute-t-il.

Quand on lui reproche de vendre du gras, l’entrepreneur répond : « Notre beurre ne contient pas une foule d’ingrédients comme la margarine, il est aromatisé avec une bonne quantité de peu d’ingrédients, donc la quantité utilisée de beurre est moindre que du beurre nature. Notre emballage incite aussi au portionnage et à la consommation responsable. »

Dans les boucheries, les poissonneries et les épiceries fines, les Beurrés se positionnent comme une valeur ajoutée, car ils viennent compléter les produits sur place. « On transforme un produit du quotidien en élément gastronomique en y incorporant juste un élément. C’est ça qui fait la beauté de notre produit », estime l’homme d’affaires.

« Comme le produit est nouveau, on a encore beaucoup d’éducation à faire côté clients pour leur expliquer l’utilisation, et les commerçants peuvent nous aider sur cet aspect », précise Lounes Laoudi. Pour les bannières comme IGA ou Metro, la marque vient justement de produire des danglers (affichettes suspendues) en prévision de la saison du homard avec les visuels du crustacé et de la capsule de beurre en situation.

Concernant l’emballage, Les Beurrés se présentent à la verticale alors que la briquette de beurre traditionnelle a toujours été à l’horizontale : « Quitte à avoir un nom différent, un produit différent, on s’est dit qu’on allait casser les normes jusqu’au bout. »

À court terme, l’entreprise souhaite s’ancrer dans l’imaginaire des consommateurs. « On a tout ce qu’il faut pour élargir notre réseau de distribution au Québec, mais là, on voudrait sortir de la province, aller dans le reste du Canada, peut-être à l’international. Donc, ça nous prend nos accréditations », confie Lounes Laoudi.

À long terme, en plus de viser le secteur des HRI, le couple nourrit un rêve : celui de voir ses beurres aromatisés servis à bord d’avions et de trains. Le succès de leur marque est finalement la preuve qu’entre la podiatrie et l’agroalimentaire, il n’y a qu’un pas.

Mots-clés: Québec